Comment l'administration Trump agit avec ses expulsions

Enquête approfondie :
Une investigation mondiale coordonnée par le consortium Forbidden Stories révèle l'existence d'une machine administrative opaque : le « Bureau de la remigration ». En finançant secrètement des gouvernements tiers et des agences internationales à hauteur de 410 millions de dollars, Washington a orchestré le renvoi forcé de plus de 25 000 migrants non nationaux vers des pays tiers, notamment en Afrique et en Amérique latine.
En Septembre 2026, le projet d'investigation internationale « The Deportation Project », mené par 72 journalistes issus de 26 médias partenaires mondiaux — dont La Croix, RFI, France 24 et le Washington Post — a mis au jour la face cachée de la politique migratoire américaine.
Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier 2025, son administration a discrètement mis en place un réseau mondial de sous-traitance des expulsions. Des dizaines de milliers d'étrangers, souvent protégés légalement contre un renvoi dans leur pays d'origine en raison de risques de persécution, ont été envoyés vers des « pays tiers » avec lesquels ils n'avaient strictement aucun lien.
Au cœur de cette mécanique se trouve une structure administrative quasi inconnue créée en mai 2025 au sein du département d'État américain : l’« Office of Remigration » (Bureau de la remigration). Piloté dans l'ombre par le conseiller ultra-conservateur Stephen Miller et dirigé par le diplomate Christian Jové Ehrhardt, ce bureau a négocié des protocoles d'accord bilatéraux avec 35 pays ciblés.
Pour s'affranchir du contrôle du Congrès américain et des parlements des nations partenaires, l'administration a systématiquement eu recours à de simples notes diplomatiques confidentielles. Ce procédé a permis d'éviter tout débat public et de contourner la transparence démocratique des deux côtés de l’Atlantique.
Le cas de la République Centrafricaine (RCA) est emblématique de cette stratégie de l'opacité. L'enquête révèle que Touadéra a personnellement accepté un accord secret portant sur une enveloppe globale de 85 millions de dollars sur trois ans.
Conclu sans aucune consultation de son gouvernement ni de ses parlementaires, ce deal prévoyait la réception à Bangui de flux de migrants non centrafricains expulsés du sol américain. Pour donner une couverture légitime à cette opération particulièrement sensible :
• 25 millions de dollars ont été directement alloués à l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) afin de gérer l'intendance d'urgence et l'accueil logistique sur place.
• Le reste des fonds a servi de levier financier direct pour le pouvoir en place, dans un pays en proie à de lourdes difficultés budgétaires.
Les investigations du consortium Forbidden Stories démontrent que la Centrafrique s'inscrit dans un budget global d'au moins 410 millions de dollars débloqués par Washington. Sur cette somme, 81 millions ont été versés directement à des gouvernements signataires, tandis que le reste a été ventilé auprès d'agences onusiennes (178 millions pour l'OIM, 123 millions pour le HCR) chargées d'opérer la logistique des retours.
L'Afrique a été particulièrement sollicitée : 49 des 54 pays du continent ont été officiellement approchés par les émissaires américains.
Au total, entre janvier 2025 et le 31 août 2026, au moins 25 447 personnes ont été déportées clandestinement vers ces pays tiers (dont la grande majorité, près de 20 000, vers le Mexique).
Les journalistes de Forbidden Stories ont pu retracer les trajectoires de ces expulsés. Beaucoup d'entre eux vivaient aux États-Unis depuis des décennies, y travaillaient, y payaient leurs impôts et y laissaient des conjoints et des enfants de nationalité américaine.
Une fois déposés sur le tarmac d'aéroports inconnus comme Yaoundé ou Bangui, ces individus basculent instantanément dans ce que les juristes internationaux qualifient de « trou noir juridique ». Privés de passeports, sans aucun repère culturel ni linguistique, ils se retrouvent parfois détenus sans inculpation ou exposés à des risques immédiats de mauvais traitements, voire à un réacheminement forcé vers leur pays d'origine où leur vie demeure menacée.
En documentant ce système, l'enquête lève le voile sur une transformation profonde des politiques migratoires occidentales, marquée par la tentation croissante d'acheter l'éloignement des populations indésirables, loin des regards et des règles du droit international.

Analyse par : Fatima LAMINE l FatimaLAMINEHebdo

For: FatimaLamineHebdo
Date: 5 October, 2026
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