

Lambert Akovourou, en prison pour rien
Cela fait trois mois que le député Lambert Akovourou de Djéma est prisonnier à l’Office central pour la répression du banditisme. Trois mois qu’un élu du peuple est enfermé sans que la justice puisse produire la moindre preuve contre lui. Son crime ? Avoir été accusé dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux. C’est tout. Tout commence avec l’assassinat du sous-préfet de Djéma, Dieudonné Zangbe Nguilelo, enlevé le 14 avril 2025 et retrouvé égorgé le 17 mai. Mais Michel Trogode, chef de centre de l’hôpital de Djéma, publie alors une vidéo accusant le député Akovourou et le maire d’avoir organisé ce crime. Le lendemain, les policiers débarquent au domicile du député à Bangui et l’arrêtent. Et l'on se retrouve en prison sur une simple accusation et une vidéo sur les réseaux sociaux. Donc pour justifier l'arrestation, le procureur parle de “flagrant délit ”. Mais de quel flagrant délit parle t'on ? Quant à son immunité parlementaire, on oublie, le régime de Touadéra s’assied dessus. On arrête d’abord, on cherche les justifications juridiques plus tard. Et si on ne les trouve pas, tant pis, on le garde en prison quand même. Alors, où en est l’enquête ? Nulle part. Les enquêteurs n’ont rien trouvé qui puisse étayer les accusations de Michel Trogode. Aucune preuve matérielle, aucun témoignage crédible, aucun élément tangible. La justice reste bloquée, incapable de monter un dossier sérieux. Mais Lambert Akovourou reste derrière les barreaux. Mais dans quel sommes-nous ? Dans quel système judiciaire où une simple vidéo sur les réseaux sociaux suffit-elle à justifier une détention prolongée ? La réponse est évidente : dans un pays où la justice sert d’instrument de répression politique. Le plus amusant, c’est que Michel Trogode, l’auteur de la vidéo accusatrice, a lui aussi été arrêté. Des mercenaires russes sont venus le chercher à Djéma, l’ont embarqué dans un hélicoptère et transféré à Bangui où il est maintenant détenu. Donc l’accusateur et l’accusé se retrouvent tous les deux en prison. La justice centrafricaine dans toute sa splendeur : on arrête tout le monde et on verra bien qui est innocent. Dans un régime qui modifie la Constitution à sa guise, il ne faut s'étonner de rien. Le député Lambert Akovourou paie aujourd’hui le prix de cette dérive. Il dort en prison pour rien depuis trois mois pour avoir été mentionné dans une vidéo. Pendant ce temps, les vrais responsables de l’insécurité à Djéma continuent leurs activités. Les soupçons qui pèsent sur l’implication de Wagner dans cet assassinat sont soigneusement évités par les enquêteurs. On préfère s’acharner sur un député que d’enquêter sur les mercenaires. Au final, l’affaire Akovourou résume tout ce qui ne va pas dans ce pays. Un député élu croupit en prison sur la base de rumeurs. Trois mois que Lambert Akovourou attend qu’on lui présente des preuves de sa culpabilité. Trois mois que la justice centrafricaine démontre son mépris pour les procédures légales. Trois mois que ce régime prouve qu’il n’a de démocratique que le nom qu’il se donne.
Isabelle DUTHEIIL
For: FatimaLAMINEHebdo
Date: September 12, 2025
Copyright ©: 2014-2025 All rights reserved: LAMINE MEDIA
