

Centrafrique-Russie : le nouvel « or noir » du clan FAT
Sous couvert de sécuriser les approvisionnements en carburant du pays, Bangui et Moscou préparent en coulisses un accord pétrolier opaque pour début 2027. Au cœur de ce deal : le neveu du président, Arthur Bertrand Piri, et une société écran réactivée pour l'occasion.
C'est le nouveau grand chantier du premier cercle présidentiel à Bangui. En marge du sommet Russie-Afrique organisé à Moscou, la République centrafricaine et le Kremlin ont jeté les bases d'un partenariat pétrolier bilatéral. L'objectif affiché par le pouvoir est de mettre fin aux pénuries chroniques qui paralysent le pays. Mais derrière la rhétorique officielle de la « souveraineté énergétique » se cache un montage financier et politique hautement stratégique pour le clan au pouvoir.
Pour piloter ce deal d'importation de produits raffinés russes, la présidence centrafricaine a choisi de réactiver une structure endormie : la Société panafricaine du pétrole et des produits raffinés (Sopraf). Créée en 2022 mais restée coquille vide, cette entreprise — détenue à 51 % par l'État et associée à des intérêts privés libanais du groupe Trad — vient de se voir octroyer le monopole des importations.
Ce choix ne doit rien au hasard. La Sopraf est la créature d'Arthur Bertrand Piri. L'indéboulonnable neveu de Touadéra, ancien ministre de l'Énergie, continue de régner d'une main de fer sur les secteurs stratégiques du pays. En propulsant la Sopraf au rang de guichet unique, le clan présidentiel évince les distributeurs traditionnels, à commencer par le camerounais Neptune Oil, pour s'assurer le contrôle direct des flux financiers du carburant
Ce futur accord, dont la signature est planifiée pour le début de l'année 2027, vient pérenniser un système testé à plus petite échelle. Fin 2024, Moscou avait promis un « don » de 30 000 tonnes de gazole à Bangui. Mais l'acheminement de ce carburant russe, acheminé par mer puis par camions à travers le Cameroun, avait viré au casse-tête logistique. C'est déjà la Sopraf qui avait été chargée de revendre discrètement une partie de ce stock sur le marché local.
Pour la Russie, ce deal est une aubaine. Sous le coup de strictes sanctions occidentales depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, Moscou cherche désespérément de nouveaux débouchés pour ses produits pétroliers. En transitant par la Centrafrique et des structures comme la Sopraf, le Kremlin s'offre un canal idéal pour écouler son carburant et contourner l'isolement bancaire international.
En République centrafricaine, le pétrole est en passe de devenir la nouvelle monnaie d'échange de la présence russe. Après avoir concédé des licences d'exploitation minière majeures (notamment la mine d'or géante de Ndassima) aux paramilitaires russes d'ex-Wagner — aujourd'hui repris en main par le ministère russe de la Défense sous la bannière d'Africa Corps —, le régime de Touadéra cède désormais les clés de son approvisionnement énergétique.
Alors que les négociations doivent se finaliser dans les prochains mois, de nombreuses zones d'ombre persistent. Les infrastructures de stockage à Bangui restent rudimentaires, et la sécurisation des corridors routiers depuis le port de Douala demeure précaire. Mais pour le clan Touadéra-Piri, l'essentiel est ailleurs : sceller un pacte de dépendance mutuelle avec Moscou, garant de la survie économique et sécuritaire du régime.
Merci à la section économique de LAMINE MÉDIA pour les recherches & au "Chef" pour la relecture et les corrections des coquilles éventuelles
Analyse par Karen Ann SULLIVAN l LNC
For: FatimaLamineHebdo
Date: 4 November 2026
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